Claude PICARD

Né à Montpellier (34).
Etudes :    Beaux Arts (Marseille)
                    Fac de lettres (Aix en Provence)
                    DEUG Histoire de l'Art

 

                                                                        Réflexions,

sur ma recherche picturale, la peinture et les arts en général

    J’ai toujours voulu faire une peinture « musicale » : créer par le trait et les juxtapositions  de couleur une vibration visuelle comparable à l’effet des gammes dans la musique. Au propre comme au figuré car très jeune, encore étudiant au beaux-arts, je dessinais ou peignais en écoutant de la musique (essentiellement du jazz) et en essayant  d’adapter ma gestuelle au rythme de la mélodie. Aujourd’hui je n’ai plus besoin du support musical pour créer (même si ça m’arrive encore quelquefois) car la couleur est devenu pour moi « La Musique » que je compose dans ma tête en réalisant un tableau. Je reprends volontiers à mon compte le préambule du film de Walt Disney « Fantasia » : « Ecoutez le dessin, regardez la musique ».

 

    Ma recherche constante a abouti à une synthèse du passé, du classique à l’abstraction, pour arriver à une figuration libre où paradoxalement le sujet, bien présent et omniprésent, n’est pas important. C’est l’harmonie que dégagent les traits et les couleurs qui est le plus important et qui fait l’œuvre. Ma longue pratique de l’abstraction (dont je reste un fidèle défenseur) m’a obligé à me passer de sujet et par là même m’a appris que l’œil cherchant toujours des repères devait être séduit par la « musique » des accords de couleurs et de formes. L’abstraction reste pour moi une étape primordiale dans l’histoire de l’art et dans mon propre parcours. Si je ne pratique plus ce genre (du moins en apparence ; sa grande leçon ne me quitte jamais) c’est que malgré moi j’étais arrivé à une impasse qui me conduisait, à force d’épuration, à une toile blanche. Et là n’est pas le but de ma création.

 

    La création artistique est la forme désespérée de l’expression de l’humain devant l’inconcevable. Cela ne veut pas dire que les artistes en général sont tristes et suicidaires, mais il est vrai que l’angoisse existentielle qui est dans chacun de nous est plus fortement exprimée par les artistes. Personnellement, n’étant pas maso, j’éprouve une grande joie et un plaisir extrême dans l’action de peindre et de créer, comme la plupart des artistes, même si « l’accouchement » est quelquefois douloureux.

 

    La peinture n'est pas de la littérature. Elle n'a pas à "raconter" ou à "décrire". La couleur et la forme sont les éléments primordiaux de son propre langage. La peinture doit exprimer les sensations subjectives de l'artiste, homme social, conscient et ouvert sur le monde objectif.
    L'art, c'est d'abord l'Amour. L'amour de la matière que l'on emploie et que l'on traite. L'amour de la recherche de forme, de couleur et de matière. Cette recherche peut aller, aujourd'hui, bien au-delà d'une représentation, même déformée, d'une réalité visuelle mais peut "représenter" une réalité psychologique par des formes, des signes, des couleurs qui puissent traduire le mieux possible ce réalisme.

    L'artiste doit continuellement rechercher à élever le contenu intellectuel et sensible de son art et traduire avec le maximum de poésie des thèmes humains préoccupants ou plus légers. La recherche plastique de la beauté ne peut pas être méprisée mais ne doit pas devenir la préoccupation première. Pourtant une oeuvre peut être belle pour elle-même sans autre signification et devient simplement un bel objet d'art... ce n'est déjà pas si mal !